Différences entre l’espagnol parlé/écrit en Amérique latine et l’espagnol d’Espagne

Expérience personnelle d’une collaboratrice de chez Alphabets

Comme beaucoup de personnes, l’espagnol que l’on m’a enseigné au collège et tout au long de mes études était, à de rares exceptions près, celui parlé et écrit en Espagne (le castillan). Mais il ne faut pas oublier que l’espagnol arrive en deuxième position au niveau mondial en tant que langue maternelle avec plus de 500 millions de locuteurs, et que la Colombie, par exemple, compte à elle seule davantage de personnes parlant espagnol que l’Espagne elle-même. Il n’est donc pas étonnant qu’au fil du temps, des différences soient apparues entre l’espagnol péninsulaire et celui parlé dans les différents pays d’Amérique latine. De fait, on observe des dissemblances même d’un pays à l’autre. Dans cet article, je vais d’abord, sans trop entrer dans les détails, relever et expliquer les différences les plus notables, puis je vais m’appuyer sur ma propre expérience en Équateur pour donner quelques exemples.

Vocabulaire

La première différence importante concerne le vocabulaire. Voici quelques exemples non exhaustifs :

– voiture : « coche » en Espagne et « carro » / « auto » en Amérique latine

– bus : « autobús » en Espagne mais « camión » au Mexique (ce qui peut évidemment être un peu déroutant pour un francophone)

– jus : « zumo » en Espagne et « jugo » en Amérique latine

– pomme de terre : « patata » en Espagne et « papa » en Amérique latine

– maïs : « maíz » en Espagne et « choclo » en Amérique latine (et même « elote » au Mexique, mot qui désigne l’épi de maïs)

Accent et prononciation

Il existe autant d’accents que de pays hispanophones, le plus connu étant celui que l’on retrouve en Argentine et en Uruguay (l’accent rioplatense), où le double « l » (« llamar », « llorar », « calle », etc.) et le « y » (« cayó ») sont prononcés non pas [y] comme en Espagne, mais [ch]. Concrètement, cela donne par exemple les prononciations « shamar » pour « llamar » et « cacho » pour « cayó ».

Au Mexique, l’accent est mis sur le dernier mot de la phrase, ce qui apporte une tonalité presque chantante à l’espagnol parlé dans ce pays et le rend généralement facilement reconnaissable.

L’accent des Caraïbes (Cuba, Porto Rico) est peut-être le plus difficile à comprendre pour un·e débutant·e en espagnol, car bien que très chantant, il est également extrêmement rapide et se caractérise par une forte réduction phonétique, avec aspiration de certaines lettres. Par exemple, « para » peut se prononcer « pa ».

Pour terminer, l’accent andin est présent dans certaines régions du Pérou, de la Bolivie et de l’Équateur. Influencé par les langues indigènes, il se caractérise par une prononciation claire et une diction relativement lente par rapport au castillan.

Grammaire et conjugaison

Utilisation des pronoms « tú  », « usted » et « vosotros »

De manière générale, en espagnol, il existe une différence entre le tutoiement informel (tú, avec son équivalent vosotros pour tutoyer plusieurs personnes), et le vouvoiement (usted et ustedes). La principale différence est qu’au pluriel, en Amérique latine, on utilise uniquement ustedes, que le contexte soit familier ou formel.

Exemple : ¿Niños, (vosotros) queréis ir al cine? (Espagne) / ¿Niños, (ustedes) quieren ir al cine? (Amérique latine)

Tú et vos pour dire « tu »

En Argentine, en Uruguay, au Paraguay et dans certains pays d’Amérique centrale, on utilise vos au lieu de tú pour le tutoiement. Attention, la conjugaison avec vos peut différer de celle avec tú pour certains verbes, en particulier ser.

Exemple : Tu eres / Vos sos

Utilisation du passé

Très utilisé en Espagne, le passé composé est systématiquement remplacé par le passé simple en Amérique latine.

Exemple : He desayunado esta mañana (Espagne) / Desayuné esta mañana (Amérique latine)

Mon expérience en Équateur

Pour terminer, voici quelques exemples de termes et expressions typiquement équatoriens que j’ai eu l’occasion d’entendre lors d’un séjour en 2006 à l’occasion d’un stage.

ñaño, ñaña : on retrouve ce mot populaire issu du quechua dans d’autres pays comme le Pérou, le Panama ou la Bolivie. En Équateur, il désigne spécifiquement le frère/la sœur, avec une connotation de tendresse

irse de chupa : faire la fête

pelado, pelado : jeune homme / jeune fille. Peut également désigner le ou la fiancé.e.

 

Comme nous venons de le voir, l’espagnol est une langue très riche, dont la diversité reflète celle des nombreux pays dans lesquels il est parlé. Toutefois, il est important de rappeler que malgré ces différences, les hispanophones se comprennent tous entre eux, de même qu’un Belge ou Canadien francophone peut sans problème avoir une conversation avec un Marseillais. De la même manière, vous n’aurez aucun mal à vous faire comprendre même si, comme c’est souvent le cas en France, l’espagnol que vous avez appris au collège et au lycée est le castillan normalisé de la Real Academia. Si vous en avez l’occasion, je vous conseille fortement de vous rendre directement sur place pour pratiquer et gagner en confiance lorsque vous parlez espagnol, enrichir votre vocabulaire et découvrir de nouvelles cultures !